La réflexion de l’auteur est toujours reliée à sa propre pratique, en s’appuyant sur les rêves- éveillés de ses patients.
Il est à noter toutefois que notre approche du rêve éveillé en psychanalyse est peut-être plus au rythme du processus psychique de l'analysant, sans "forcer", ce qui structure
l'expérience sur le long terme, et profondément. De plus, dans la "non direction" du rêve éveillé, ce sont les capacités du sujet qui sont au cœur du processus.
Dans cet ouvrage Georges Romey, praticien en rêve- éveillé libre, propose et décrit la théorie du franchissement au cours des rêves- éveillés, dans un processus de réconciliation psychique entre le moi irréel et le moi réel. Il explore cette voie d’union des parties séparées du Moi par le rêvé- éveillé.
Il s’appuie sur les travaux d’Arthur Janov sur le cri primal, ceux du rêve- éveillé dirigé de Robert Desoille, les cures et rêves- éveillés de patients pour étayer sa réflexion, sur les apports de Carl R. Rogers sur la compréhension du processus d’une vie épanouissante, et sur la théorie de Jean- Emile Charon, physicien, qui a démontré l’existence de l’esprit par la physique (l’éon, ombre- particule de l’électron). Il fait également un lien avec le monde archétypal de Carl G. Jung.
Par franchissement, il entend le franchissement d’une « cloison » intra- psychique, protégeant le moi irréel des assauts du moi réel, qui est comme séparé et enfermé, et qui cherche à être. Le moi réel vibre des sentiments et des besoins réels de l’organisme qui ont été rejetés.
Le moi irréel correspond au masque social adaptatif, aux défenses mises en place, au refoulé pulsionnel ressenti intolérable par l’environnement ou par l’enfant. Il est la « façade » qu’exige l’environnement social pour satisfaire ses propres besoins, et il vit dans la terreur d’être perçu pour ce qu’il est : « un artifice tremblant d’insécurité ».
Le mouvement naturel de la psyché pousse le moi réel à chercher à se révéler, d’une manière ou d’une autre ; le moi irréel est terrifié de sa propre disparation dans ce mouvement, ce qui crée luttes et pressions intérieures pour maintenir sa pérennité.
Les trois dispositifs biologiques que sont le sentiment d’amour, la création artistique et le rêve sont les trois voies d’accès au moi réel; le processus d’individuation peut se mettre en mouvement. Des techniques d’aide psychologique favorisent ce processus également, en permettant une projection des contenus réprimés: la psychanalyse, la thérapie primale et le rêve- éveillé dirigé.
On peut noter que la situation dépressive peut parfois, dans une mise à distance des attitudes excessives du moi irréel, devenir un facteur d’évolution tourné vers le moi réel. Mais la maladie mentale et la disposition suicidaire sont un échec de la tentative de réunification du moi.
Lorsque le système de défenses du moi irréel est franchi, cela permet de faire un pas hors de l’univers rassurant de celui-ci. Ce franchissement peut apparaître dès le premier rêve- éveillé. Le sens profond du franchissement, c’est la modification du comportement à aller voir au-delà de ce qui est connu. Alors la cloison, la séparation se symbolisent par l’apparition d’obstacles dans le rêve- éveillé (voile, eau, nuages, verre, membrane,…) qui remplissent une double condition symbolique : la transparence, et la possibilité d’être franchis. Le réseau des défenses qui constitue la cloison devra faire l’objet d’une désintrication patiente et systématique. Chaque émotion, éprouvé (refoulés jusqu’alors) devra être ressenti, un à un. Chaque franchissement correspond à des réintégrations émotionnelles. Et l’ensemble de ces franchissements en RED aboutit au démantèlement de la cohérence figée du moi irréel.
G. Romey précise que chaque franchissement symbolique correspond à une modification biologique, donc une irréversibilité du processus. Ceux-ci peuvent apparaitre plusieurs fois en un seul rêve- éveillé, et plusieurs scènes de passages présentes dans presque toutes les cures : le passage d’une porte, d’un miroir, d’un décor de théâtre, de la surface de la mer, la disparition d’un masque, la chute dans un puit, la traversée d’un sommeil, le passage dans le sablier, l’engloutissement par la bouche, la traversée du ciel, etc… .
Le mouvement de libération des sentiments réels prisonniers derrière la cloison produit souvent une série d’images montrant les étapes de libération : par exemple une image carcérale, puis une avancée vers la transparence d’une paroi et enfin la disparition de l’obstacle, qui permet au patient d’accéder librement à l’autre côté.
En rétablissant la communication avec son double refoulé, le moi irréel cède peu à peu la place au moi réel.
Certains indices d’authenticité du franchissement, dans le rêve- éveillé, témoignent de la libération des sentiments de souffrance prisonniers jusque-là : l’apparition du vieux sage, l’ouverture magique du seuil, la relation aux grands- parents, la réduction de taille, le cri, le verre et le bris de verre, l’orientation nord- sud.
Georges Romey constate qu’un équilibre symbolique se fait sur l’ensemble d’une cure, naturellement. Il avance l’hypothèse que ce mouvement tend vers une inspiration, une force que ni le patient, ni le thérapeute ne maitrisent. L’ordonnancement des images autour du franchissement symbolique expriment un processus biologique, qui engage un renversement des valeurs entre le conscient et l’inconscient.
L’analyse de tous les RED que G. Romey fait montre que le moi réel est la réplique inversée du moi irréel, avec l’apparition d’images inversées comme le sablier, le reflet d’un miroir, de l’eau (harmonie, disharmonie).
L’accès au moi réel exige un retour aux racines de la constitution du moi irréel, c’est-à-dire à chaque situation où chaque réflexe d’attitude s’est formé : l’enfance. Il s’agit de restituer l’ambiance natale pour retrouver la liberté d’être natale.
L’auteur propose une explication physiologique de ces processus au sein du rêve- éveillé, en s’appuyant sur le fonctionnement neurologique. Il s’appuie aussi sur la théorie des éons de J.E. Charon (les éons sont des électrons dont la durée de vie est celle de l’univers, porteurs d’une information croissante, de la mémoire de la vie et à l’origine de la vie, ils en sont les artisans), en lien avec ses observations. Il montre que le symbole dans le rêve- éveillé, notamment, est une projection de la dynamique biophysique. Nos visions symboliques seraient alors une forme de pensée imagée, projetée sur un « grand écran » à partir de la mémoire de ces minuscules électrons savants.